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  • le Samedi 16/02/2008 à 06:32
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Nicolas Sarkozy : le sujet dont on parle

Les éditos, posts et reportages du 16 février

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C'est l'intellectuel à la mode, comme on disait au siècle dernier : Christian Salmon. Il est l'auteur de livres à lire ( ou tout du moins à commenter ) en ce moment. Sur les pages opinions des quotidiens fleurissent ses tribunes mais également celles de ses partisans ou de ses détracteurs ; la blogosphère qui compte, la blogosphère d'en haut, se doit de le commenter. De là, à penser que je m'y colle pour acquérir des lettres de noblesse, il n'y a qu'un pas. C'est vrai que ce blog était davantage spécialisé dans les états d'âme de Cécilia et Carla que dans l'étude d'ouvrages de vulgarisation scientifique.

Quoi vous ne connaissez pas Salmon ? Comment vous n'avez pas lu son livre ? Mais ça tombe bien car moi-aussi... Et si on devait s'interdire de parler de quelque chose qu'on ne sait pas, il n'y aurait plus qu'à fermer boutique et travailler sa belote coinchée plutôt que proser, seul, face aux éléments déchaînés de la pensée ( pouf pouf ).

Christian Salmon est chercheur au CNRS et non pas taxidermiste comme une trop rapide recherche via Google pourrait le laisser croire. Quel rapport entre le CNRS et Nicolas Sarkozy, me direz-vous en dehors d'une haine recuite partagée ? Eh bien Christian Salmon fait fortune actuellement grâce à ses écrits sur le storytelling, que j'aurai tendance à traduire par propagande mais ça fait moins chic et vieux gaucho qui sent le tabac froid, concept qui fait fureur chez tous ceux qui veulent trouver des clefs de lecture de notre société post-idélogie, matérialiste mais férue de fiction.

Ce concept est utilisé à toutes les sauces et est appliqué avec délice au domaine politique et à deux de ses plus vibrionnants exemples des derniers mois : Nicolas Sarkozy et Barack Obama. J'ai eu envie de faire ce papier en lisant la dernière tribune que Christian Salmon consacre à Nicolas Sarkozy dans Le Monde en date du vendredi 15. Il y analyse le trou d'air de Nicolas Sarkozy mais décrypte également la fascination qu'exerce le président élu sur ses concitoyens.

J'ai particulièrement goûté cette formule : "Tout ce que le pays compte d'éditorialistes, de chroniqueurs, d'analystes politiques, de sociologues et de sondeurs se consacre à cette passion bien française : commenter les faits et gestes de Nicolas Sarkozy. A tel point qu'on dirait qu'en mai dernier la France n'a pas élu un président, mais un sujet de conversation."

Nicolas Sarkozy est effectivement l'inépuisable filon des conversations de machine à café, il suffit de travailler en entreprise ou de fréquenter encore les bars-brasserie pour s'en apercevoir. Et ce qui a fait sa fortune (politique) fait son malheur aujourd'hui, c'est très biblique tout ça. Et la façon dont Salmon dépeint le président élu en incarnation, au sens fort, de cette soif d'histoires, avec un petit h, est savoureuse.

Mais il y a un point - essentiel - qui me chiffonne dans ce qu'écrit Salmon. Je ne saurai pas bien le formuler parce que je n'en ai pas les compétences mais je trouve que son analyse, stimulante, sexy, etc, pêche par son présupposé pessimiste ou cynique que le pouvoir réel a déserté les palais traditionnels. Que le pouvoir est à Bruxelles et à Wall-Street comme il résume d'une formule. Et qu'il ne reste plus aux politiques qu'un pouvoir de divertissement, de distraction, qui les place du côté stérile du religieux - il y avait d'ailleurs une organisation de ce type dans certaines cités grecques si je me souviens bien mais c'est flou dans ma mémoire.

Ce présupposé m'emmerde ( désolé, je ne saurai dire mieux ). C'est sur lui qu'ont prospéré tous les nonismes et madelinismes. Et c'est absurde. Il suffit de ne citer que le TEPA, la relance par les riches de l'été dernier, pour montrer que le pouvoir politique n'est pas que fabulation. A côté de symbole comme la SocGen, censé illustrer la cassure nette désormais entre politique et économique, il y a des sujets comme le Tchad et l'Afghanistan qui montrent que le pouvoir n'est pas ailleurs ainsi que semblent le penser aussi bien les fans d'X-files que certains chercheurs. Et ce n'est pas parce que ce pouvoir ne fait pas débat qu'il n'a pas une portée réelle.

Mais bref, passons, pour en revenir à l'art d'endormir les foules, difficile de savoir quand une histoire vient à lasser, quand son spectateur décroche, ou bien quand le ressort de la fiction est cassé. Et difficile de savoir si c'est le narrateur qui perd la main ou l'auditeur qui le boude. Voilà, c'est pour tout cela que je voulais vous parler de Christian Salmon ce matin, alors qu'il est beaucoup trop tôt, qu'il fait froid, et que ça, n'en déplaise à Nicolas Sarkozy, à ses spins et à tous les chercheurs du CNRS, ça restera le sujet de conversation, pardon la story, indétrônable.

En vrac mais pas en vrille :

"La fiction est perçue comme une menace" ( Le courrier )
"Persister dans le récit" ( Remue.net )
Une machine à fabriquer des histoires ( Le Monde diplomatique )
Tombeau de la fiction ( Périphéries )
Une storytelling à la française ( nonfiction.fr )
Réponse au commentaire de Christian Salmon ( Lionel Jospin )

Commentaires

J'ai été de ceux qui pariaient que Ségolène Royal n'avait aucune chance face à Nicolas Sarkozy car sa campagne me paraissait la mieux organisée, la mieux racontée - j'applique bien sûr ce terme a posteriori, je n'avais jamais entendu parler de Salmon alors. Je croyais - naïvement ? - que Sarkozy et son équipe maîtrisaient parfaitement leur communication et menaient les journalistes et les téléspectateurs là où ils voulaient les mener. Bref, j'avais trop vu de séries américaines sur les coulisses du pouvoir. Ou bien, autre explication, Sarkozy et son équipe ont effectivement su, volontairement ou pas, captiver le lectorat et l'électorat, mais viennent de perdre la main.

Par larevuedeweb, Samedi 16/02/2008 à 06:58 - Répondre